La perte de biodiversité mondiale est un problème majeur, et la protection des espèces menacées est une nécessité urgente. Les jardins botaniques jouent un rôle crucial dans la préservation des espèces végétales. Mais dans quelle mesure préservent-ils efficacement la diversité génétique de leurs collections ? Une nouvelle étude publiée dans Annals of Botany suggère que sans enregistrements et partage appropriés des données, les jardins botaniques risquent de perdre une diversité génétique vitale – affaiblissant ainsi l’espèce même qu’ils visent à protéger.
L'étude menée par Olivia Murrell a examiné l'histoire de l'une des plantes les plus extraordinaires et les plus menacées conservées dans les jardins botaniques : l'arum titan (Amorphophallus titanum). Murrell décrit l'arum titan comme une espèce unique pour la recherche sur la conservation, expliquant, « C'est une collection unique en matière de conservation dans les jardins botaniques, car elle est traitée comme un animal : les individus sont nommés, les parents sont souvent connus, ce qui nous a permis d'établir un pedigree. Ce type de données est rarement disponible pour d'autres espèces. »
Connu pour sa taille imposante et sa floraison nauséabonde, l'arum titan est conservé dans des collections depuis près de 150 ans. Mais quelle diversité génétique a-t-il pu préserver au fil du temps ? En reconstituant un pedigree à partir des registres d'acquisition de 111 institutions à travers le monde, l'équipe a révélé des défis intéressants.
L'étude a révélé que si les institutions ont tendance à bien organiser leurs archives, leur méthode de travail est souvent incohérente. Sans système standardisé, la coordination des efforts de conservation devient très difficile.

Les recherches ont également révélé que, dans le cas de l'arum Titan, près d'un quart des croisements recensés concernaient des plantes étroitement apparentées. Il s'agit d'une préoccupation majeure, car le maintien de la diversité génétique est vital pour la survie à long terme de toute espèce, car il aide les plantes à s'adapter aux changements environnementaux et à résister aux ravageurs, aux maladies et autres stress.
Une découverte importante est le manque d'échanges de plantes entre les jardins botaniques, notamment entre les continents. Sans partage et reproduction réguliers, les populations d'arums titan des différents jardins deviennent génétiquement isolées.
Les auteurs suggèrent que l'adoption de cette approche de gestion basée sur la généalogie, couramment utilisée dans les programmes de sélection et de conservation animale, pourrait s'avérer très efficace pour la conservation des plantes. Cette stratégie permet de suivre la diversité génétique au sein des collections vivantes, garantissant ainsi sa préservation pour les générations futures.
Cependant, pour que ce système fonctionne, les jardins botaniques doivent améliorer la tenue de leurs registres. Selon Murrell, l'absence de gestion standardisée des données constitue un obstacle majeur : « Si la communauté des jardins botaniques utilisait activement une base de données centralisée pour gérer les données des jardins botaniques du monde entier et prenait des décisions de pollinisation croisée basées sur ces données, j'aurais le sentiment d'avoir accompli ma mission. » En veillant à ce que toutes les institutions enregistrent les informations clés et travaillent plus étroitement ensemble, les jardins botaniques peuvent prendre de meilleures décisions en matière de sélection et de préservation de la diversité végétale.
Bien que l'étude se soit concentrée sur l'arum titan, cette approche pourrait contribuer à protéger de nombreuses autres plantes menacées présentes dans les jardins botaniques du monde entier. Les espèces dont les populations sauvages sont réduites ou celles reproduites par voie asexuée sont particulièrement exposées au risque de perte de diversité génétique au fil du temps. Sans intervention, ex situ Les collections (plantes cultivées en dehors de leur habitat naturel) pourraient devenir de simples musées vivants, intéressants à regarder, mais non génétiquement viables pour une conservation à long terme.
LIRE L'ARTICLE
Murrell O., Diaz-Martin Z., Havens K., Hughes M., Meyer A., Tutt J., Zerega N. et Fant J. (2025) Annals of Botany Utilisation du suivi généalogique de la métacollection ex situ de Amorphophallus titanum (Araceae) afin d'identifier les défis liés au maintien de la diversité génétique au sein de la communauté botanique. Disponible à l'adresse suivante : https://doi.org/10.1093/aob/mcaf038
