Les plantes produisent nectar, une boisson sucrée qui fait office de snack universel pour les animaux, des abeilles affairées aux fourmis en patrouille. Mais tous les nectars ne se valent pas. Tout comme les boissons gazeuses peuvent varier en douceur, en saveur et en pétillant, le nectar diffère par le type de sucre, la concentration et les ingrédients ajoutés, comme les protéines ou les huiles. Ces différences influencent la façon dont les animaux choisissent leur nourriture, se déplacent entre les fleurs et, en fin de compte, la façon dont les plantes se reproduisent et se protègent.
Ce liquide sucré est produit dans de minuscules organes appelés nectairesElles peuvent être cachées à l'intérieur des fleurs pour attirer les pollinisateurs, ou apparaître ailleurs sur la plante, où leur rôle est davantage défensif. La production de nectar étant énergivore, les plantes ont développé différentes stratégies, ajustant non seulement la quantité produite, mais aussi le moment et le lieu de sa libération.
Un cas fascinant est Amphilophium mansoanum, une liane brésilienne de la famille des Bignoniacées. Chacune de ses fleurs est pourvue de deux types de nectaires très différents : nuptial et extranuptial. Les nectaires nuptiaux constituent le buffet principal à l'intérieur de la fleur, servant aux pollinisateurs comme les abeilles. Les nectaires extranuptiaux, situés à l'extérieur de la fleur, servent davantage de mangeoires aux fourmis, qui contribuent à leur tour à protéger les plantes des herbivores.

Des études antérieures avaient montré que ces deux types de nectaires produisent des recettes distinctes : les nectaires nuptiaux offrent un mélange riche en saccharose et en acides aminés spécifiques, tandis que les nectaires extranuptiaux simplifient les choses avec un mélange à base d'hexoses. Le lien entre la structure physique de ces nectaires, leur anatomie et leur fonctionnement interne, et leur production et leur calendrier de production demeurait flou.
Alors, Hannelise Balduino et son équipe, au lieu de simplement regarder ce qu'il y a dans le nectar, zoom sur les producteurs de nectar eux-mêmesGrâce à de puissants microscopes capables de révéler des tissus entiers et de minuscules organites à l'intérieur des cellules, ils ont suivi l'évolution de ces nectaires tout au long de la vie d'une fleur. Des bourgeons verts et compacts aux fleurs fraîches et aux pétales vieillissants, l'équipe a suivi l'évolution des structures, des formes et du fonctionnement de la plante, et comment elle gère deux menus simultanément.

Ils ont découvert que les nectaires nuptiaux et extranuptiaux présentent des caractéristiques structurelles distinctes, ce qui entraîne des variations de volume, de concentration et de composition chimique du nectar. Situés juste sous l'ovaire, les nectaires nuptiaux forment un petit disque de nectar entouré d'une chambre où le nectar est collecté. Avant même l'ouverture de la fleur, leurs cellules sont déjà occupées, avec de minuscules ouvertures prêtes à libérer le nectar. À l'intérieur, amidon, huiles, protéines et autres composés sont stockés. Au cours des deux premiers jours de floraison, ces cellules se transforment radicalement : l'amidon se décompose, les vacuoles se dilatent et le cytoplasme s'enrichit en protéines, huiles et composés phénoliques. Cette explosion soudaine produit une friandise aqueuse et sucrée au moment opportun pour attirer les pollinisateurs et assurer la pollinisation.
En revanche, les nectaires extranuptiaux, situés sur le calice, sécrètent le nectar lentement et régulièrement pendant plusieurs jours. Ces glandes sont composées de trois parties : une tête où le nectar est stocké, un pédoncule la reliant à la base et un pied intégré dans le tissu floral. Dès les jeunes bourgeons, les cellules commencent à produire du nectar, accumulant progressivement des protéines, des lipides, des composés phénoliques et d’autres composés. La sécrétion se poursuit régulièrement pendant plusieurs jours. Leur nectar est plus riche en lipides et en composés aromatiques, ce qui non seulement attire une plus grande variété de visiteurs, mais le protège également du dessèchement et des microbes, contribuant ainsi à la défense de la plante.
En bref, ces deux nectaires ont des personnalités très différentes. L'un travaille rapidement et intensément pour attirer les bons pollinisateurs au bon moment. L'autre fournit un apport lent et régulier de nectar afin de maintenir des interactions plus larges avec de nombreux insectes au fil du temps. Leur machinerie cellulaire est finement réglée pour ces rôles, ce qui montre que les nectaires ne sont pas de simples canaux passifs, mais des systèmes dynamiques.
Ces résultats montrent que les deux types de nectaires sont hautement spécialisés. Ils stockent l'énergie, produisent des enzymes et des composés, et gèrent le processus de sécrétion grâce à une machinerie cellulaire complexe. En révélant comment les différents nectaires d'une même fleur fonctionnent et attirent des groupes distincts de visiteurs, les scientifiques peuvent mieux comprendre les interactions écologiques complexes. En résumé, les infimes différences dans la production de nectar révèlent une grande histoire de la vie, de la survie et de la coopération dans la nature.
LIRE L'ARTICLE:
Balduino, H., Tunes, P., Nepi, M., Guimarães, E., & Machado, SR (2025). La structure et l'ultrastructure des nectaires nuptiaux et extranuptiaux expliquent les variations de sécrétion tout au long de la vie florale et permettent de multiples interactions écologiques. AoB PLANTS, plaf037. https://doi.org/10.1093/aobpla/plaf037.

Victor HD Silva
Victor est un biologiste passionné par les processus qui façonnent les interactions entre plantes et pollinisateurs. Il s'intéresse actuellement à la compréhension de l'influence de l'urbanisation sur ces interactions et à la manière de rendre les espaces verts urbains plus propices aux pollinisateurs. Pour plus d'informations, suivez-le sur ResearchGate. Victor HD Silva.
Traduction portugaise par Victor HD Silva.
