Depuis le milieu du XXe siècle, la flore sauvage britannique est en recul. Plus de la moitié des espèces végétales indigènes du pays ont vu leur aire de répartition se réduire, contribuant à faire du Royaume-Uni l'un des pays les plus appauvris en biodiversité au monde. La restauration des prairies, des pâturages et autres habitats est désormais une priorité absolue. Mais faire revenir les plantes ne se résume pas à semer des graines dans des zones dégradées. Pour que la restauration réussisse, la germination doit avoir lieu au bon moment, et dans un climat en pleine mutation.

Et ce n'est qu'une partie du problème. Les plantes provenant de différentes régions du pays ne sont pas identiques. Au fil des générations, les populations s'adaptent à leur environnement local ; ainsi, une graine récoltée sur la côte des Cornouailles peut avoir du mal à survivre dans les hautes terres du Yorkshire. Pour les spécialistes de la restauration écologique, choisir une source inappropriée peut compromettre le succès des efforts en introduisant des plantes mal adaptées à leur nouvel environnement.

Heureusement, les scientifiques disposent d'une ressource remarquable. Depuis les années 1960, Banque de semences du millénaire aux Jardins botaniques royaux de KewLa Banque de semences du Millénaire a collecté et conservé des échantillons provenant de tout le Royaume-Uni dans des conditions rigoureusement contrôlées. Elle abrite aujourd'hui des spécimens représentant environ 80 % de la flore nationale, souvent plusieurs populations d'une même espèce. Grâce à cela, la Banque de semences du Millénaire constitue une archive vivante inestimable pour tester la capacité des plantes britanniques à s'adapter à un avenir plus chaud.

Découvrir, Une équipe dirigée par le Dr Efisio Mattana a sélectionné 45 spécimens appartenant à six espèces familières.: Achillea millefolium, Centaurée noire, Daucus carota, Leucanthemum vulgare, Rhinanthus mineur et Scorzoneroides automnalisEn laboratoire, ils ont testé comment la germination réagissait à des températures allant de 0 à 40 °C.

À partir de ces expériences, les chercheurs ont calculé les températures minimales, optimales et maximales nécessaires à la germination. Ils ont ensuite comparé ces seuils aux données climatiques historiques et aux projections futures pour chaque site de prélèvement afin d'estimer si les conditions futures resteront vraisemblablement dans la zone favorable à la germination.

La bonne nouvelle, c'est que la plupart des espèces semblent plus tolérantes à la chaleur à ce stade précoce de leur vie que prévu. Achillea millefolium, Centaurée noire, Leucanthemum vulgare et Scorzoneroides automnalis Toutes les plantes ont germé dans une large gamme de températures. Des automnes et des printemps plus chauds ne devraient donc pas empêcher leur implantation. C'est rassurant pour les projets de restauration.

Les plantes dont les graines se sont révélées les plus tolérantes aux températures élevées. En haut à gauche : Achillea millefolium (Photo par Petar Milošević), En haut à droite : Centaurée noire (Photo par Robert Flogaus-Faust), En bas à gauche : Scorzoneroides automnalis (Photo par Stéphane Bosch). En bas à droite: Leucanthemum vulgare (Photo par Agnieszka Kwiecień).

Daucus carota C'était plus complexe. Ses graines sont souvent dormantes et doivent subir une période de froid prolongée avant de germer. Malgré cela, la hausse des températures à elle seule ne devrait pas constituer un obstacle majeur, même si des hivers plus doux pourraient perturber ce processus déclenché par le froid.

L'élément clairement aberrant était Rhinanthus mineurContrairement aux autres, elle ne germe que dans une plage étroite de basses températures, généralement celles de la fin de l'hiver. Ce cycle précis lui confère actuellement un avantage sur ses concurrentes. Mais il la rend aussi vulnérable : si les hivers deviennent trop doux, son cycle de vie finement régulé pourrait être perturbé.

Lorsque Mattana a combiné ces résultats de germination avec des évaluations antérieures de la diversité génétique, un tableau plus nuancé est apparu. Achillea millefolium, Leucanthemum vulgare et Scorzoneroides automnalis se sont révélées particulièrement prometteuses pour la restauration. Elles semblent résistantes au réchauffement climatique et présentent des risques relativement faibles lors du mélange des populations. Notamment, Achillea millefolium et Leucanthemum vulgare Les résultats ont montré une germination remarquablement homogène entre les lots de semences, ce qui suggère que l'approvisionnement au Royaume-Uni pourrait être relativement simple.

En revanche, Rhinanthus mineur et Daucus carota Leur utilisation en restauration requiert de la prudence. Rhinanthus mineur Ce constat était également cohérent, mais d'une manière inquiétante. Son étroite marge de variation de température était partagée par l'ensemble des populations, ce qui laisse supposer que sa vulnérabilité au réchauffement climatique pourrait être généralisée plutôt que locale. Daucus carota, quant à elle, exige la sélection la plus rigoureuse de toutes, en raison de sa germination dépendante du froid et de la variation substantielle entre les populations, ce qui signifie que certaines sources de semences peuvent être mieux adaptées aux climats futurs que d'autres.

Au final, le message est à la fois porteur d'espoir et source de mise en garde. Nombre de fleurs sauvages britanniques semblent plus résistantes à la hausse des températures qu'on ne le craignait, du moins au stade de la germination. Toutefois, l'adaptation locale et l'approvisionnement en semences restent essentiels, et la restauration ne saurait se faire de manière uniforme. En combinant expériences en laboratoire et connaissances sur l'approvisionnement, l'étude de Mattana offre une perspective rare : un guide pratique pour faire des choix plus judicieux quant aux semences à semer et aux lieux de plantation. Dans une Grande-Bretagne qui se réchauffe, la réussite de la restauration dépendra non seulement de la plantation d'un plus grand nombre de fleurs sauvages, mais aussi de la plantation des espèces appropriées.

LIRE L'ARTICLE:

Mattana E, Fouce Hernandez E, Andrews L, et al.. 2025. Risques thermiques liés à la germination des semences des populations végétales du Royaume-Uni et implications pour une restauration écologique adaptée au climat. Écologie de la restauration 34https://doi.org/10.1111/rec.70239


Photo de couverture: Daucus carota by Michel Langeveld (Wikimedia Commons)