Les botanistes tirent la sonnette d’alarme sur les graves lacunes du libre accès aux données essentielles à l’identification et à la protection des espèces végétales dans le monde entier. Une nouvelle étude publiée dans Plantes, gens, planète révèle que seuls 23 % des nouveaux noms de plantes publiés entre 2012 et 2021 sont disponibles gratuitement dans la littérature en libre accès. Plus inquiétant encore, 41 % des nouveaux noms existent dans des publications dépourvues d'identifiants numériques, ce qui les rend pratiquement impossibles à découvrir pour les chercheurs.

La dénomination de nouveaux taxons est un service essentiel, nous permettant d'interagir avec les corpus de connaissances existants, comme l'a prévenu Linné : « nomina si nescis, perit et cognitio rurem' (si vous ne connaissez pas les noms, vos connaissances se perdent) (Linné, 1751). Une dénomination précise est également essentielle pour développer notre compréhension des organismes nouvellement décrits. Nous ne pouvons pas protéger ce que nous n’avons pas nommé ; la protection législative des espèces ne peut pas avoir lieu sans une description formelle de l’espèce.

Nicolas et al. 2023

Chaque année, on estime que 2,000 XNUMX espèces de plantes vasculaires sont nouvellement décrites, dont beaucoup ont une aire de répartition étroite et sont vulnérables à l’extinction. La planification de la conservation nécessite un accès libre et en temps opportun aux données d'occurrence telles que la géographie et les spécimens.

L'étude a combiné les données du Index international des noms de plantes grâce à la fonction Liste de contrôle mondiale des plantes vasculaires. Les résultats ont montré que moins d’un quart des espèces publiées récemment sont librement accessibles. Des régions comme l’Amérique du Sud et l’Afrique – avec une grande diversité – abritent la plus grande proportion de noms introuvables dans les publications, tandis que l’Europe et l’Amérique du Nord ont la plus faible.

Les problèmes d'accès s'étendent aux spécimens physiques comme le matériel type, qui servent de référence pour les futurs travaux taxonomiques. UN spécimen type est un échantillon physique particulier d’un organisme qui sert d’exemple représentatif ou de point de référence pour cette espèce. Lorsqu'une nouvelle espèce est décrite et nommée par les taxonomistes, ils désignent un spécimen type comme le modèle qui définit cette espèce. Le spécimen type est généralement conservé et déposé dans une collection de musée ou d'herbier. Les futurs scientifiques pourront se référer au spécimen type original lorsqu'ils tenteront d'identifier d'autres spécimens de cette espèce ou de clarifier les caractéristiques déterminantes de l'espèce.

Seuls 12 % des taxons disposent de spécimens types numérisés disponibles dans leur pays d’origine. Il est urgent de mobiliser des spécimens provenant des régions à revenu faible ou intermédiaire présentant la plus grande diversité. Les auteurs soulignent les problèmes liés à la numérisation.

Une décennie après que la communauté botanique ait adopté la publication électronique dans l’espoir de rendre l’information sur la diversité végétale plus ouverte et plus largement accessible, il est clair que malgré son adoption initiale (Nicolas et al., 2017), cela n'a toujours pas fait de réelle différence dans la disponibilité de ces informations de manière ouverte.

Nicolas et al. 2023

Nicolson et ses collègues recommandent d'adopter des politiques facilitant la publication en libre accès, en particulier pour les auteurs des pays du Sud. Une communication claire du statut d’accès libre et le partage des détails des spécimens types peuvent également contribuer à démocratiser les connaissances sur la biodiversité. Les auteurs font plusieurs propositions :

  • Les auteurs doivent déposer les données taxonomiques dans des référentiels ouverts et mobiliser les données de citation de type pour GBIF. Incluez les identifiants des spécimens comme les numéros de catalogue lorsque cela est possible.
  • Les établissements devraient permettre au personnel de auto-archivage dans des référentiels ouverts. Les revues botaniques devraient passer à des modèles en libre accès.
  • Les systèmes de nomenclature devraient ajouter des indicateurs de statut en libre accès et des numéros de catalogue pour les spécimens types.
  • Les revues doivent attribuer des DOI au contenu et s'inscrire auprès du Répertoire du libre accès Journaux.
  • Les éditeurs devraient raccourcir les embargos sur les travaux de nomenclature et supprimer les frais pour permettre l'ouverture des données.
  • Les bailleurs de fonds et les botanistes devraient accroître la numérisation des spécimens, en ciblant herbiers dans le Sud global.

LIRE L'ARTICLE
Nicolson, N., Trekels, M., Groom, QJ, Knapp, S. et Paton, AJ (2023) «Accès mondial aux ressources botaniques nomenclaturales : Évaluation de la disponibilité en libre accès, " Plantes, gens, planète. Disponible à l'adresse: https://doi.org/10.1002/ppp3.10438.