La conférence annuelle de l'Association pour la biologie tropicale et la conservation (ATBC) est l'un des événements universitaires les plus prestigieux pour les phytologues travaillant dans les écosystèmes tropicaux. Botany One a interviewé le Dr Ramiro Aguilar, intervenant lors de l'un des symposiums parrainés par l'ATBC. Annals of Botany journal, pour en savoir plus sur ses recherches fascinantes sur la pollinisation et les perturbations écologiques.

Aguilar est chercheur à l' Institut multidisciplinaire de biologie végétale à Córdoba, en Argentine. Ses recherches portent sur la perte et la fragmentation des habitats, ainsi que sur d'autres perturbations anthropiques, les pollinisateurs, la reproduction sexuée, la variabilité génétique et la structure des plantes à fleurs. Aguilar vise à générer des connaissances fondamentales et appliquées en écologie et en biologie de la conservation sur les interactions plantes-animaux et leur importance dans la dynamique des populations végétales au sein des écosystèmes anthropisés. Pour en savoir plus sur ses recherches, consultez son site web. site perso.

Aguilar pendant le travail de terrain. Photo de Ramiro Aguilar.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser aux plantes ?

Les plantes sont des organismes sessiles pendant la majeure partie de leur cycle de vie, et leurs seules occasions de déplacer leurs gènes à travers le paysage se présentent lors de la pollinisation et de la dispersion des graines. Ces processus critiques sont largement médiés par les animaux, ce qui souligne le rôle fondamental des interactions plantes-animaux dans la formation des trajectoires évolutives et de la dynamique écologique des populations végétales. Comprendre comment ces mutualismes réagissent aux changements environnementaux induits par l'homme est essentiel pour prédire la persistance à long terme des espèces végétales. Cette question a suscité mon intérêt initial pour l'étude des interactions plantes-animaux.

Qu’est-ce qui vous a motivé à poursuivre votre domaine de recherche actuel ?

Mes recherches visent à comprendre comment les perturbations anthropiques à grande échelle – telles que la perte d'habitat, les incendies de forêt et les invasions biologiques – affectent les interactions plantes-animaux et, par conséquent, les processus démographiques et génétiques des populations végétales indigènes. L'une de mes principales motivations est d'identifier comment ces changements menacent les interactions mutualistes comme la pollinisation et la dispersion des graines, et comment cela se répercute sur la réduction du succès reproductif et de la diversité génétique.

Quelle est la partie que vous préférez de votre travail liée aux plantes ?

L'une de mes réalisations les plus fières est d'avoir contribué à notre compréhension de l'impact des changements anthropiques d'utilisation des terres sur la reproduction des plantes et la diversité génétique à l'échelle mondiale. Grâce à des revues systématiques de la littérature et à des synthèses quantitatives, nous avons démontré que ces changements réduisent la pollinisation, le succès reproducteur mâle et femelle et la diversité génétique des plantes à fleurs. Je trouve extrêmement important de produire des travaux qui non seulement révèlent des schémas écologiques fondamentaux, mais éclairent également les stratégies de conservation.

L'équipe d'Aguilar pendant le travail de terrain. Photo de Ramiro Aguilar.

Pourriez-vous partager une expérience ou une anecdote de votre travail qui a marqué votre parcours et réaffirmé votre fascination pour les plantes ?

Bien qu'il ne s'agisse pas d'une anecdote personnelle, une découverte majeure ressort de nos travaux : nos travaux montrent que le système de compatibilité d'une plante joue un rôle crucial dans sa vulnérabilité à la perte d'habitat. Par exemple, les espèces strictement auto-incompatibles – celles qui ont besoin de pollen de croisement pour produire des graines – sont plus affectées par la fragmentation de leur habitat en raison de leur forte dépendance aux pollinisateurs. Cette découverte a non seulement façonné ma compréhension de la reproduction végétale, mais a également souligné l'importance des études de terrain et de la synthèse de la littérature pour révéler des schémas écologiques globaux.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes scientifiques qui envisagent une carrière en biologie végétale ?

L'observation sur le terrain est essentielle pour bien comprendre son système d'étude et susciter de nouvelles questions qui pourraient autrement ne pas émerger. Lors du travail de terrain, il est important de consacrer suffisamment de temps à observer attentivement l'environnement et le milieu environnant afin de déceler ce qui passe souvent inaperçu. De nombreuses découvertes en sciences végétales attendent encore d'être révélées à l'œil nu. La patience et un sens aigu de l'observation sont des qualités inestimables pour tout étudiant en sciences végétales.

L'équipe de recherche d'Aguilar. Photo de Ramiro Aguilar.

Qu’est-ce que les gens se trompent généralement à propos des plantes ?

J'aimerais que le monde comprenne que les plantes sont les organismes les plus incroyables de la planète. Elles sont la principale source d'énergie de la planète : grâce à la photosynthèse, elles convertissent la lumière du soleil en énergie chimique, constituant ainsi la base de presque tous les réseaux trophiques et produisant l'oxygène que nous respirons. De plus, les plantes régulent le climat, recyclent les nutriments, préviennent l'érosion et façonnent des écosystèmes entiers. L'étude des plantes n'est pas seulement une branche de la biologie : elle est essentielle pour comprendre le fonctionnement du monde vivant et comment le protéger. Je suis convaincu que si davantage de personnes comprenaient véritablement ces faits, cela favoriserait un plus grand respect de la nature et un engagement plus profond en faveur de la protection de l'environnement.

Carlos A. Ordóñez-Parra

Pascal (il/lui) est un écologiste colombien spécialiste des semences qui prépare actuellement son doctorat à l'Université fédérale de Minas Gerais (Belo Horizonte, Brésil) et travaille comme rédacteur scientifique chez Botany One et comme chargé de communication à l'International Society for Seed Science. Vous pouvez le suivre sur BlueSky à @caordonezparra.