Dans la conception des avions, le bord d'attaque est soit "la partie de l'aile qui est la première en contact avec l'air … ou … le bord avant d'une section de profil aérodynamique“. Les plantes - comme on pouvait s'y attendre - ont une vision différente de cela (et sont arrivées les premières).

Réfléchir au rôle joué par les trichomes [excroissances de surfaces végétales de structure et de fonction diverses, par ex. poils, Balance et papilles, Georges Wagner et al., Ann Bot 93 : 3-11, (2004)] sur les surfaces des feuilles et marges (les bords des plantes…), Gerjat Vermeij a proposé une interprétation assez intéressante du rôle que certaines de ces structures pourraient jouer dans l'interaction entre les plantes et les animaux qui leur causeraient du tort (Biological Journal of the Linnean Society 116 : 288–294 (2015)).
Vermeij s'est concentré sur les composés dits anisotropes («l'anisotropie est la propriété d'être dépendante de la direction”) trichomes – ceux disposés de manière asymétrique sur la surface de la feuille – et qui pointent soit vers l'extrémité de la feuille (orientés apicalement), soit vers sa base (orientés basalement). Reconnaissant que les « petits herbivores » (par exemple les insectes) se déplacent fréquemment sur la surface de la feuille – à la recherche d'une partie appropriée à mâcher, ou à percer avec un stylet pour extraire la sève du phloème riche en sucre, ou un site pour pondre des œufs – il propose que l'orientation de ces trichomes puisse avoir un rôle défensif.
Il suggère que les trichomes facilitent la locomotion des insectes vers l'extrémité de la feuille (où ils tombent) – dans le cas des poils orientés vers l'apex – ou entravent considérablement leur déplacement vers l'extrémité de la feuille (dans le cas des trichomes orientés vers la base). Cette hypothèse mérite d'être approfondie – et d'autres rôles de ces caractéristiques anisotropes ne sont pas exclus – mais l'idée que les plantes « guident les insectes » prête assurément à sourire (et montre à quel point nous ignorons encore tout sur les plantes…).
Geerat J. Vermeij (2015) Plantes qui mènent : certaines caractéristiques de surface dirigent-elles le trafic ennemi sur les feuilles et les tiges ?. Journal biologique de la société linnéenne 116 (2): 288-294; http://dx.doi.org/10.1111/bij.12592
