L’odeur d’une feuille de mélisse peut-elle déterminer le cours d’une vie ? Si pour la plupart des gens il ne s’agit que d’un parfum agréable au jardin, pour l’un des participants à une étude récente, cette odeur a été l’étincelle initiale : une tentative d’enfance pour « fabriquer un parfum » avec cette plante est devenue le premier pas d’une carrière scientifique.

On imagine souvent la science comme une discipline fondée sur des données froides et une logique rigoureuse. Pourtant, si l'on interroge des botanistes sur leurs motivations, la réponse est rarement une équation, mais plutôt un souvenir. Il s'agit de planter des œillets d'Inde avec son arrière-grand-mère ou de découvrir pour la première fois des cultures de tissus végétaux. De fait, une étude récente menée par les docteurs Joanna Kacprzyk et Rainer Melzer, chercheurs à l'University College Dublin, auprès de 421 biologistes végétaux, a révélé que la principale raison de leur choix de carrière n'était pas le devoir civique, mais un lien émotionnel profond.

Par le biais de questions ouvertes, les chercheurs ont recueilli des témoignages personnels, invitant les participants à partager leurs motivations scolaires, leurs parcours professionnels et leurs souvenirs les plus précieux liés aux plantes. Les résultats ont révélé que la curiosité et l'appréciation des plantes et de leur beauté étaient les principaux moteurs. Par exemple, de nombreux répondants ont simplement indiqué avoir « toujours aimé les plantes » ou les trouver « belles et fascinantes ». Un autre facteur clé était la fascination pour la physiologie, la génétique et les mécanismes d'adaptation des plantes, souvent suscitée par des expériences pratiques en laboratoire ou lors de sorties sur le terrain.

Macro poussiéreuse de Miller. Photo de Hyle Chu (Wikimedia Commons).

Cependant, ce n'était pas toujours le coup de foudre. L'étude révèle que le hasard joue également un rôle important. Certains n'avaient pas prévu de devenir botanistes, mais sont arrivés dans cette profession par accident, peut-être grâce à un stage étudiant disponible ou à un poste vacant inattendu, et ont fini par y rester, captivés par ce qu'ils ont découvert au fil du temps.

Au-delà de la curiosité intellectuelle, il y avait aussi un désir de liberté ; pour beaucoup, la botanique offrait le prétexte idéal pour travailler en plein air plutôt qu’au bureau. D’autres scientifiques ont choisi la botanique pour des raisons éthiques, préférant éviter la recherche sur les animaux. Ces scientifiques ont explicitement cité leur malaise face à la dissection animale ou leur réticence à l’égard du sang comme facteurs de motivation. Cela nous rappelle que la science est aussi façonnée par ce que nous sommes en tant qu’êtres humains.

Botaniste sur le terrain. Photo de BLMIdaho (Wikimedia Commons).

Pourtant, ces inclinations personnelles s'épanouissent rarement spontanément ; elles ont souvent besoin d'être semées. L'étude souligne l'importance cruciale d'avoir un mentor, un rôle souvent assumé par des professeurs d'université passionnés ou par la famille elle-même. Fait intéressant, l'influence familiale est primordiale ; les femmes interrogées ont cité des membres de leur famille comme mentors beaucoup plus fréquemment que les hommes. Cela suggère que la vocation scientifique prend racine à travers des souvenirs partagés avec les parents ou les grands-parents, des années avant même de franchir le seuil d'un amphithéâtre universitaire.

La conclusion des auteurs est un appel à l'action pour tous les communicateurs et éducateurs. Si nous voulons qu'une nouvelle génération de botanistes lutte contre le changement climatique et l'érosion de la biodiversité, il ne suffit pas de les noyer sous un flot de données sur cette crise. Nous avons besoin d'une stratégie de sensibilisation multicanale qui allie apprentissage par l'expérience, présence d'éducateurs et de familles passionnés, et un lien émotionnel avec la beauté et la richesse du monde végétal.

Comme le résume l'étude : « Il est important non seulement de gagner l'esprit des futurs biologistes végétaux… mais aussi de gagner leur cœur ».

Avez-vous un souvenir précis lié à une plante qui a changé votre vision du monde ? Une odeur particulière, le contact de la mousse, ou la première fois où vous avez vu une graine germer ? Peut-être, sans le savoir, avez-vous déjà l’âme d’un botaniste.

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Kacprzyk, J., & Melzer, R. (2025). Inspirer la prochaine génération de scientifiques végétaux : ce que nous avons appris de 421 biologistes végétaux. Plantes, gens, planète1-6. https://doi.org/10.1002/ppp3.70156

Erika Alejandra Chaves-Diaz

Erika est une biologiste et écologiste colombienne passionnée par les forêts tropicales, les primates et la communication scientifique. Titulaire d'un master en écologie et conservation de la faune sauvage de l'Université fédérale du Minas Gerais (Brésil), elle fait partie de Ciencia Tropical depuis 2020, un groupe de communication scientifique qui vise à connecter le public à la biodiversité et à sensibiliser à l'environnement. Vous pouvez la suivre, elle et son équipe, sur Instagram : @cienciatropical.

Traduction espagnole et portugaise par Erika Alejandra Chaves-Diaz.

Image de couverture par Anderson Butte (Wikimedia Commons)