Le réchauffement urbain modifie de plus en plus les conditions environnementales dans les villes. L'un des principaux facteurs est le effet d'îlot thermique urbainLes îlots de chaleur urbains, où les bâtiments, les routes et autres surfaces artificielles absorbent et retiennent la chaleur, rendent les villes plus chaudes que les zones rurales environnantes. Si les effets de ce réchauffement sur les arbres, les oiseaux et les humains sont largement débattus, des organismes plus petits et souvent négligés y réagissent également fortement. Une nouvelle étude de Tim Claerhout et ses collègues montre que les lichens et les bryophytes épiphytes, organismes très sensibles à la température, à l'humidité et à la lumière, peuvent révéler comment l'îlot de chaleur urbain remodèle discrètement la biodiversité des villes.
L'étude a examiné les communautés de lichens et de bryophytes poussant sur les tilleuls (TiliaDans trois villes néerlandaises, les chercheurs ont combiné des données sur la biodiversité avec des mesures microclimatiques effectuées directement sur les troncs d'arbres, plutôt que de se concentrer uniquement sur les grands contrastes entre zones urbaines et rurales. Cette approche leur a permis d'observer les conditions environnementales telles qu'elles sont réellement vécues par les organismes.

Au total, 107 espèces ont été recensées sur 303 arbres échantillonnés, parmi lesquelles des lichens et des bryophytes aux préférences écologiques variées. Les résultats ont montré que la biodiversité ne réagit pas au réchauffement urbain de façon linéaire. Les lichens étaient les plus diversifiés aux niveaux intermédiaires d'intensité d'îlot de chaleur urbain, tandis que les zones très froides ou très chaudes abritaient moins d'espèces. Les bryophytes, quant à elles, ont suivi une évolution différente : leur diversité augmentait progressivement le long du gradient thermique, suggérant des réponses écologiques distinctes entre ces deux groupes souvent étudiés conjointement.
Au-delà de la modification du nombre d'espèces, le réchauffement urbain a également remodelé la composition des communautés. Les zones urbaines étaient principalement dominées par xérophyte, photophile et nitrogène Autrement dit, les espèces adaptées à des environnements plus secs, plus lumineux et plus riches en azote, caractéristiques typiques des villes modernes, ont proliféré. Parallèlement, les espèces associées à des conditions plus humides et ombragées sont devenues moins fréquentes à mesure que l'intensité de l'îlot de chaleur urbain augmentait.

Les chercheurs ont également identifié 23 bioindicateurs potentiels de l'îlot de chaleur urbain, parmi lesquels des espèces individuelles et des associations d'espèces reflétant différents niveaux de réchauffement dans les villes. Les zones les plus chaudes étaient principalement caractérisées par mousses acrocarpes adapté à la dessiccation et à une forte exposition à la lumière, tel que Orthotrichum diaphanumParallèlement, les espèces liées aux milieux plus humides sont devenues moins fréquentes. Ces tendances soulignent le potentiel des communautés épiphytes comme outils de biosurveillance urbaine, capables de détecter les changements microclimatiques de manière sensible et intégrée sans dépendre uniquement des capteurs météorologiques.
L'un des aspects les plus intéressants de l'étude a été de démontrer que le microclimat perçu par les organismes peut différer des mesures climatiques générales habituellement utilisées dans les études urbaines. Des capteurs placés directement sur les troncs d'arbres ont montré qu'en été, les températures moyennes et minimales, ainsi que la sécheresse de l'air, augmentaient dans les zones où l'effet d'îlot de chaleur urbain était plus marqué, tandis que l'humidité relative diminuait. En hiver, les différences étaient plus subtiles, ce qui suggère que les effets de l'urbanisation varient selon les saisons et interagissent avec des facteurs tels que le rayonnement solaire, le couvert végétal et l'ombrage.

Les auteurs ont également observé que les arbres de plus grande taille abritaient des communautés plus diversifiées, ce qui suggère que les caractéristiques structurelles de la végétation urbaine pourraient atténuer partiellement les effets du réchauffement climatique. Parallèlement, les zones intermédiaires le long du gradient urbain tendaient à abriter des communautés plus équilibrées, probablement en raison d'une plus grande hétérogénéité environnementale.
Globalement, l'étude montre que l'îlot de chaleur urbain ne se contente pas d'augmenter les températures en ville : il modifie également les espèces qui peuvent y survivre. Face à l'intensification du réchauffement urbain, les lichens et les bryophytes pourraient devenir de précieux alliés pour comprendre les transformations des villes et identifier les espèces capables de s'adapter à ces changements silencieux.
LIRE L'ARTICLE
Claerhout, T., Sparrius, L., Keßler, P. et Stech, M. (2026) Les îlots de chaleur urbains façonnent les communautés épiphytes de lichens et de bryophytes. Urban Ecosystems, 29(2). Disponible à: https://doi.org/10.1007/s11252-026-01930-8.
Traduction portugaise par Pablo O. Santos.
Image de couverture : Evernia prunastri Il s'agit d'un lichen que l'on trouve dans des environnements moins urbanisés. Photo de Ryzhkov Oleg (iNaturaliste), CC BY-NC 4.0).
