Nous pensons souvent à herbiers Les herbiers sont certes une ressource scientifique précieuse pour les chercheurs qui étudient la taxonomie, l'évolution, la conservation et le changement climatique des plantes. Mais ils recèlent aussi des histoires humaines. Ils conservent la trace de collectionneurs, d'artistes, de jardiniers, de botanistes, de lieux, de voyages et de relations changeantes entre les hommes, les plantes et la nature.
La numérisation peut révéler ces histoires méconnues. Cependant, ces collections de plantes offrent bien d'autres possibilités que la simple étude scientifique. Grâce à la possibilité de rechercher et de comparer spécimens, étiquettes, peintures et documents d'archives entre institutions, les collections acquièrent une utilité nouvelle, non seulement pour la science, mais aussi pour l'histoire, l'art et les expositions publiques. Une plante conservée dans une collection peut être liée à une peinture d'une autre, à une note de terrain ailleurs ou à une histoire jusqu'alors insoluble. À titre d'exemple, citons l'exposition consacrée à la vie et à l'œuvre du botaniste et artiste canadien [nom manquant]. Faith Fyles.

Botany One a interviewé le Dr William Knight, conservateur de l'agriculture et de la pêche à Ingénium – Les musées des sciences et de l'innovation du Canada. Basé au Musée canadien de l'agriculture et de l'alimentation à Ottawa, en Ontario, Knight développe des projets de recherche et d'exposition pour partager l'histoire des sciences canadiennes. Parmi les collections du musée, Knight précise qu'il y a « plus de 300 œuvres d'art provenant de… » Ferme expérimentale centrale, qui ont été produites dans les divisions d'horticulture, d'entomologie et de botanique par des artistes du ministère canadien de l'Agriculture ».
Parmi les artistes les plus connus figure Faith Fyles (1875-1961), botaniste et artiste botanique canadienne de renom, dont l'œuvre se situe au carrefour des sciences, de l'agriculture et de l'art. Une exposition consacrée à sa carrière et à son art est actuellement présentée à la Galerie d'art d'Ottawa, au Canada. Faith Fyles : En pleine floraison.

Knight explique que Faith Fyles a retenu l'attention de l'histoire féministe car « elle fut la première femme nommée à un poste scientifique au ministère de l'Agriculture du Canada » et travailla par la suite comme artiste à la Ferme expérimentale centrale d'Ottawa, où ses connaissances scientifiques et son talent artistique se rejoignaient souvent au sein d'un même projet. Ses peintures n'étaient pas seulement belles ; elles contribuaient à documenter les plantes, les cultures et les détails botaniques à une époque où les dessins précis étaient essentiels à la recherche agricole et à la documentation visuelle.
« L’exposition explore les deux facettes de sa carrière, celle de botaniste et celle d’artiste », explique Knight.

L'histoire de Fyles commence par ses études à l'Université McGill de Montréal, au Québec, auprès de la professeure Carrie Derick, première femme à enseigner et à mener des recherches en botanique dans une université canadienne, qui devint une importante mentor pour Fyles. Diplômée en 1900 avec mention, Fyles devint enseignante, voyagea en Europe et étudia l'art. En 1910, elle fut embauchée par le ministère fédéral de l'Agriculture à Ottawa comme analyste de semences, puis rapidement nommée botaniste adjointe, une étape marquante de sa carrière. De 1911 à 1920, elle occupa le poste de botaniste, responsable de l'herbier et de l'arboretum. Durant cette période, elle documenta également sa découverte d'une nouvelle espèce de champignon et publia « Étude préliminaire de l'ergot sur le riz sauvage » dans la revue. Phytopathologie.
Entre 1914 et 1920, Fyles « participa à des expéditions de collecte, ce qui était inhabituel pour les femmes de l'époque, surtout celles travaillant pour le gouvernement », explique Knight. Elle s'impliqua également beaucoup dans la Société des naturalistes d'Ottawa, emmenant des gens faire de la botanique et collecter des spécimens.
« Elle était botaniste aussi bien sur son lieu de travail qu'en dehors », témoigne Knight, illustrant ainsi sa passion pour les plantes. Durant cette période, elle a collecté de nombreux spécimens pour l'herbier, qui ont ensuite servi à la publication de son œuvre majeure, un livre intitulé Principales plantes vénéneuses du Canada.

Avant la publication de son livre, elle rédigeait des bulletins et des articles d'information pour le ministère de l'Agriculture afin de fournir aux agriculteurs et aux jardiniers des connaissances pratiques sur les mauvaises herbes. La création de ce manuel a permis d'apporter des informations complémentaires, destinées aux agriculteurs et aux éleveurs, afin qu'ils puissent identifier correctement les plantes vénéneuses ou toxiques susceptibles de nuire à leur bétail.
Maintenant numérisé et trouvé dans le Bibliothèque du patrimoine de la biodiversité (BHL) – la plus grande bibliothèque numérique en libre accès au monde pour la littérature et les archives sur la biodiversité – ce livre détaille non seulement des informations pratiques, mais est également « illustré de magnifiques planches à l'aquarelle qu'elle a peintes, de dessins au trait et d'une quarantaine de ses photographies originales des plantes », démontrant ainsi son talent à la fois comme botaniste et comme artiste, explique Knight.
La présence de cet ouvrage dans les archives de la BHL peut faciliter les recherches ultérieures sur l'étude scientifique et agricole des plantes vénéneuses canadiennes et permettre également de mieux comprendre l'histoire de Faith Fyles en tant que scientifique et artiste.
Alors que la première décennie de sa carrière la consacra comme botaniste, la seconde la vit se consacrer exclusivement à l'art. En 1920, elle quitta le département de botanique pour celui d'horticulture et fut nommée artiste, devenant ainsi la première artiste du département d'horticulture de la Ferme expérimentale centrale. La plupart des œuvres conservées au musée furent réalisées par Fyles durant cette période, notamment des illustrations pour le programme de sélection des pommiers. Ferme expérimentale centrale, illustrant les différentes variétés de pommes cultivées et utilisées dans le programme de sélection.
« Elle était une figure clé de la ferme, qui effectuait des travaux de sélection pour le compte de tous les Canadiens, en se concentrant particulièrement sur le développement de variétés rustiques et résistantes aux maladies, adaptées aux différents environnements canadiens », explique Knight.

Les variétés de pommes documentées par Fyles sont visibles dans la « Salle des Pommes » de l'exposition, qui présente son œuvre réalisée entre 1920 et 1931. Ces illustrations ont contribué à asseoir la réputation de Fyles au sein du projet horticole national de la Ferme expérimentale centrale. L'exposition offre un aperçu rare de ces peintures, jusqu'alors réservées au personnel du ministère de l'Agriculture.
Durant son séjour à la Ferme expérimentale centrale, Fyles a réalisé des centaines de tableaux représentant des pommes, des baies et d'autres fruits et légumes. Elle y a travaillé pendant dix ans, puis a pris sa retraite en 1931 pour se consacrer pleinement à son art. Elle a même exposé dans des galeries d'art à Ottawa et à Montréal. Les raisons qui l'ont poussée à abandonner sa carrière scientifique pour se consacrer entièrement à l'art restent un mystère.

L'exposition Faith Fyles : En pleine floraison L'exposition présente une quarantaine d'œuvres de Faith Fyles, dont des prêts d'autres institutions comme le Musée canadien de la nature (MCN) et Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC).
« L’exposition a véritablement pris forme grâce à un travail d’enquête à l’ancienne, en fouillant des objets physiques et en découvrant des artefacts et des spécimens liés à Faith Fyles que personne n’avait vus auparavant », explique Knight.
Par exemple, « le CMN a prêté deux spécimens authentiques collectés par Fyles » au début de sa carrière : un Vaccinium oxycoccos collectés en 1910 et un Menyanthes trifolié Ces œuvres ont été rassemblées en 1911. Sont également exposées de nombreuses peintures et illustrations botaniques réalisées par Fyles.

Outre les œuvres d'art, les spécimens et les artefacts physiques, l'exposition présente un mur entier d'images de spécimens botaniques de Faith Fyles, numérisées à l'AAFC et au CMN. L'utilisation de spécimens d'herbier numérisés comme installations artistiques n'est qu'une des nombreuses façons dont les projets de numérisation d'histoire naturelle peuvent être rendus accessibles au grand public. Cette exposition contribue ainsi à faire découvrir les spécimens d'herbier – physiques et numériques – à un public plus large, favorisant les possibilités d'apprentissage et l'engagement du public.
Ces spécimens d'herbier que Fyles a collectés à travers le Canada sont en eux-mêmes « une œuvre d'art très soignée », affirme Knight. La feuille entière est une composition harmonieuse : des annotations et des tampons, qui révèlent un pan d'histoire, jusqu'au spécimen de plante lui-même, soigneusement disposé sur la feuille, mettant en valeur ses feuilles et ses fleurs aux couleurs variées.

L'exposition ne se concentre pas uniquement sur la vie de Faith Fyles, mais explore également les contributions d'autres femmes scientifiques et artistes, ainsi que leurs liens avec l'agriculture et l'horticulture. Elle comprend plusieurs salles, dont des projections de diapositives de photographies de Faith Fyles, deux films (dont le premier film en couleur réalisé par une femme au Canada) et des œuvres d'art contemporain d'artistes d'Ottawa. Marie-Jeanne Musiol et artiste autochtone Stéphanie TenascoL'exposition révèle comment les femmes continuent d'observer, de documenter et de prendre soin du monde naturel, que ce soit par la science ou l'art.

L’art contemporain nous offre une nouvelle perspective sur la longue histoire de l’observation, de l’étude et de la culture des plantes. Marie-Jeanne Musiol, photographe suisse-canadienne, explore le thème de l’herbier au XXIe siècle. Photographie Kirlian En exposant des spécimens à une décharge électromagnétique, elle crée un « herbier énergétique » qui capture la présence des plantes au-delà de leur forme visible. À travers cette expérimentation artistique, elle entrevoit un avenir où la documentation botanique sera à la fois analytique et poétique.

L’œuvre contemporaine de Stephanie Tenasco explore l’héritage de la botanique et de l’agriculture en honorant le lien entre les peuples autochtones et la terre, et en esquissant un avenir ancré dans les savoirs écologiques traditionnels sur le territoire algonquin non cédé. Son travail reflète les savoirs traditionnels, les pratiques culturelles et les récits qui invitent les spectateurs à considérer diverses façons d’interpréter le monde naturel et d’établir un lien avec lui.

Faith Fyles a bâti une carrière en botanique, malgré les obstacles rencontrés par les femmes dans ce domaine. Son parcours est une source d'inspiration pour tous les jeunes scientifiques et artistes. Cette exposition met en lumière ses plus grandes réalisations et nous offre un aperçu rare du lien entre science et art, démontrant l'importance de la numérisation des spécimens pour la science, l'histoire et, dans ce cas précis, l'art. Que vous souhaitiez admirer les illustrations de pommes ou en apprendre davantage sur les collections d'herbier, si vous êtes dans la région d'Ottawa, je vous encourage vivement à visiter l'exposition. Faith Fyles : En pleine floraison exposition à la Galerie d'art d'Ottawa, qui se poursuit jusqu'au 27 septembre 2026.
Ce qui est encore plus passionnant, c'est le travail futur que nous réservent ces collections. Poursuivant l'exploration de l'héritage de Faith Fyles, le Dr Knight et une équipe du Musée canadien de la nature travaillent sur un projet de suivi visant à « créer une carte de tous les spécimens d'herbier montés par Faith Fyles. Grâce au projet de numérisation en cours du Musée canadien de la nature, ils souhaitent identifier tous les spécimens de Fyles dans chaque collection du monde afin de retracer son itinéraire, notamment celui d'une expédition qu'elle a menée dans l'Ouest canadien et qui a inspiré son livre. » Principales plantes vénéneuses du Canada ».
Ils souhaitent « visualiser sa collecte botanique » à l'aide des coordonnées GPS, des dates et des lieux de collecte des spécimens, comme Canmore, ce qui leur permettrait de retracer vraisemblablement un trajet par voie ferrée. Ces spécimens numérisés pourraient être la clé pour décrypter son parcours de collecte et nous apporter un éclairage historique sur son travail et sa vie.
Pour ceux qui se trouvent dans d'autres parties du monde, je vous encourage à rechercher les liens entre la science et l'art dans votre région, à en apprendre davantage sur les spécimens d'herbier et, si vous le pouvez, à suivre un cours de dessin botanique pour apprendre le grand talent de Faith Fyles et d'autres artistes qui l'ont précédée et suivie.
Toutes les photos de Faith Fyles : En pleine floraison Les photographies de l'exposition à la Galerie d'art d'Ottawa, au Canada, ont été prises par Alisa Abramovich et reproduites avec son autorisation. Les droits d'auteur lui appartiennent.
Profil de l'auteur invité
Alisa (elle) est une écologiste canadienne passionnée d'histoire naturelle. Elle travaille dans les herbiers depuis 2017 ; elle a d'abord débuté au ministère de l'Agriculture à Ottawa, en Ontario, avant de rejoindre les Jardins botaniques royaux de Kew en 2023. Elle est actuellement à la recherche de son prochain défi dans le domaine scientifique.
Image de couverture : Entrée de l'exposition Faith Fyles : En pleine floraison Exposition présentée à la Galerie d'art d'Ottawa, à Ottawa (Ontario, Canada), du 7 mars au 27 septembre 2026. Photo : Alisa Abramovich. Reproduction autorisée.
