Les plantes sont incroyablement diverses, tout comme les botanistes ! Dans sa mission de diffuser des histoires fascinantes sur le monde végétal, Botany One vous présente également les scientifiques à l'origine de ces formidables histoires.

Aujourd'hui, nous avons David Pires, un nématologue Ses travaux se situent à l'intersection de la santé des plantes et de la gestion durable des ravageurs. Ses recherches portent sur les nématodes phytoparasites, des vers microscopiques qui infectent les plantes et peuvent causer des pertes importantes en agriculture et en foresterie. Pires s'intéresse particulièrement aux solutions fondées sur la nature pour lutter contre ces ravageurs, notamment la lutte biologique utilisant des ennemis naturels tels que les champignons. Il explore actuellement ces approches contre… nématode du pin, un organisme de quarantaine dans de nombreux pays.

Pires est titulaire d'une licence en biologie-géologie et d'un master en écologie de l'Université de Minho, où il s'est d'abord spécialisé en nématologie végétale. Il prépare actuellement un doctorat à l'Université d'Évora, au Portugal. Ses travaux, menés au sein d'institutions de recherche portugaises et dans le cadre de projets nationaux et européens, associent biologie moléculaire, écologie et protection des plantes appliquée afin de comprendre comment les micro-organismes bénéfiques peuvent limiter les populations de nématodes dans les systèmes agricoles et forestiers.

Outre ses recherches, Pires apprécie la communication scientifique et contribue à la communauté scientifique par le biais d'activités éditoriales. Les lecteurs intéressés par son travail peuvent consulter son site web. site, qui comprend des liens vers son travail et ses profils sur les réseaux sociaux.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser aux plantes ?

 En réalité, les plantes ne m'attiraient pas particulièrement durant mes études de biologie et de géologie. Mon intérêt s'est développé lors de mon mémoire de master, qui consistait à sélectionner des cultivars de haricot commun résistants aux nématodes à galles. Travailler avec les plantes m'a révélé un monde souterrain que je n'avais jamais envisagé : les racines sont des carrefours où interagissent d'innombrables microbes, champignons et organismes du sol, influençant la santé des plantes de manière complexe. Bien sûr, j'avais déjà abordé ce sujet pendant mes études, mais la pleine compréhension que des organismes microscopiques pouvaient déterminer la réussite ou l'échec d'une plante a changé ma perspective. Depuis, la compréhension des réseaux écologiques, de la microbiologie et des sciences végétales appliquées me passionne et continue d'orienter mes recherches.

Qu’est-ce qui vous a motivé à poursuivre votre domaine de recherche actuel ?

 Pour être tout à fait honnête, mon parcours dans ce domaine n'était pas prévu au départ. Lorsque je choisissais mon sujet de mémoire de master en écologie, j'étais fortement attirée par la conservation de la faune sauvage, et plus particulièrement par celle du loup ibérique au Portugal. À l'époque, j'imaginais un travail de terrain semblable à ce que l'on voit dans les documentaires animaliers (les avantages de la jeunesse et de l'espoir, ou une illusion totale). Un de mes professeurs m'a donné un conseil très pragmatique : la recherche sur les grands mammifères est souvent complexe sur le plan logistique et bien moins glamour qu'il n'y paraît. Cette conversation m'a fait reconsidérer mes options. L'un des sujets de mémoire restants portait sur le criblage de variétés de haricot commun pour leur résistance aux nématodes à galles. J'ai décidé de saisir cette opportunité, et je ne l'ai jamais regretté. Les nématodes phytoparasites causent des milliards d'euros de pertes agricoles dans le monde entier, et pourtant, ils passent souvent inaperçus car ils sont microscopiques. Au fil du temps, l'étude de méthodes durables de gestion de ces ravageurs, notamment grâce aux micro-organismes bénéfiques, m'a semblé être la combinaison idéale, car j'ai toujours eu un vif intérêt pour la microbiologie.

 L'un des aspects que je préfère dans la recherche sur les plantes est la découverte des interactions qui déterminent leur santé. La croissance ou la maladie d'une plante dépend en grande partie d'interactions biologiques complexes. Dans mes recherches actuelles, je m'intéresse particulièrement aux interactions tripartites entre le pin maritime, le nématode du pin (Bursaphelenchus xylophilus), et les champignons nématophages (champignons qui se nourrissent de nématodes). Comprendre les interactions entre ces organismes est une motivation majeure pour moi, notamment pour explorer comment ces champignons bénéfiques peuvent être efficacement exploités et utilisés comme agents de lutte biologique sur le terrain.

Un autre aspect que j'apprécie particulièrement est la nature intrinsèquement interdisciplinaire des sciences végétales. Relever les défis liés à la santé des plantes exige d'intégrer la biologie moléculaire, l'écologie, la microbiologie et les pratiques agricoles ou forestières appliquées. Cette complexité implique que des progrès significatifs dépendent souvent de la collaboration. Travailler avec des collègues de différentes disciplines, institutions et pays apporte de nouvelles perspectives à la recherche et permet, en fin de compte, de trouver des solutions plus robustes et innovantes.

Pires et son expérience avec des semis de pins. Photo de David Pires.

Y a-t-il des plantes ou des espèces spécifiques qui ont intrigué ou inspiré vos recherches ? Si oui, quels sont-ils et pourquoi ? 

Les pins constituent d'importants puits de carbone à l'échelle mondiale, et au Portugal, ils jouent un rôle crucial tant sur le plan écologique qu'économique. Pinus PinasterLe pin, espèce dominante du pays, est particulièrement vulnérable au nématode du pin. Ma thèse de doctorat porte sur… Esteya J'étudie l'utilisation de champignons comme agents de lutte biologique potentiels contre ce ravageur au Portugal et en Europe. Bien que ces champignons aient donné des résultats prometteurs sur les pins asiatiques, leur application aux écosystèmes européens nécessite une analyse écologique approfondie. Je travaille sur ce sujet depuis quatre ans et je suis très enthousiaste quant aux résultats. Les articles scientifiques sont en cours de rédaction, je ne peux donc pas encore en dire plus, mais restez à l'écoute !

Pourriez-vous partager une expérience ou une anecdote de votre travail qui a marqué votre parcours et réaffirmé votre fascination pour les plantes ?

Le genre fongique Esteya Ce sujet a été au cœur de mes recherches doctorales. Lorsque j'ai commencé en 2021, j'ai été surpris de constater que, depuis sa première description en 1999, aucune interaction écologique n'avait été étudiée en dehors de celles avec son hôte, le pin. Négliger ces interactions peut compromettre sérieusement l'efficacité des stratégies de lutte biologique, notamment lorsqu'une suspension fongique est inoculée directement dans le tronc.

Les plantes interagissent naturellement avec des microbiomes complexes qui peuplent la phyllosphère, la rhizosphère ou l'endosphère. Même des espèces étroitement apparentées peuvent réagir très différemment à un même inoculant microbien. Sachant que j'étais le premier à étudier systématiquement les interactions de Esteya L’étude de l’espèce *spp.* avec d’autres champignons dans des conditions contrôlées, et le début de la transposition de ces connaissances à des pins vivants, a été un moment déterminant dans ma carrière et continue d’alimenter ma fascination pour les interactions plantes-microbes.

Pires et les jeunes pins de ses expériences. Photo de David Pires.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes scientifiques qui envisagent une carrière en biologie végétale ? 

La curiosité pour le monde naturel est l'étincelle qui anime tout scientifique. Si vous avez cette curiosité et la persévérance nécessaire pour la suivre, vous avez l'étoffe d'un scientifique ! Ne vous comparez pas aux autres : chaque parcours professionnel est unique, alors concentrez-vous sur la création de votre propre voie, guidée par vos intérêts et votre curiosité.

 La biologie végétale est un domaine vaste et remarquablement interconnecté ; il est donc important de rester ouvert aux approches interdisciplinaires. En début de carrière, multipliez les expériences : travaillez dans différents laboratoires, collaborez à l’échelle nationale et internationale et apprenez de nouvelles techniques. La science suit rarement un chemin linéaire ; l’adaptabilité et la persévérance sont donc essentielles.

 Enfin, développez d'excellentes compétences en communication. Expliquer clairement vos recherches, tant à vos pairs qu'au grand public, est essentiel, d'autant plus que la biologie végétale s'attaque à des défis mondiaux tels que la sécurité alimentaire, la biodiversité et le changement climatique. Saisissez toutes les occasions de donner des conférences, des séminaires ou des présentations. Je le dis en tant qu'introverti, mais cela vous sera extrêmement bénéfique à long terme. Faites confiance à votre intuition, restez curieux et bonne chance !

Qu’est-ce que les gens se trompent généralement à propos des plantes ?

 On croit souvent, à tort, que les plantes sont passives ou simples. Parce qu'elles ne se déplacent pas de manière perceptible par nous et qu'elles fonctionnent à des échelles de temps très différentes des nôtres, on les considère souvent comme des éléments statiques de l'environnement. En réalité, les plantes sont extrêmement dynamiques et réactives ; elles forment des réseaux souterrains complexes et interagissent constamment avec d'autres organismes.

Une autre idée fausse est que les problèmes des plantes sont faciles à résoudre. En agriculture et en foresterie, la santé des plantes dépend d'interactions complexes entre les ravageurs, les agents pathogènes, les organismes bénéfiques, les propriétés du sol et le climat. Comprendre ces réseaux est essentiel pour développer des solutions durables à long terme.

Reconnaître la complexité des plantes et des écosystèmes qu'elles abritent est l'un des aspects les plus gratifiants de leur étude.

Photo de couverture : David Pires.